Nouvelle policière, Méfie-toi Carolina, une enquête de Cédric Boukerma







NOUVELLE POLICIÈRE ET HISTOIRE COURTE

Méfie-toi, Carolina. Une enquête de Cédric Boukerma

Par Jocelyne Duparc

Comment peut-on se laisser aller à ce point ? Christiane fronça le nez qu’elle avait d’ailleurs fort joli ! En plus, elle sent mauvais, se dit-elle ! Très à l’aise dans le rôle de Cerbère qu’elle s’était composé, elle se tourna vers l’indésirable.
- Inutile d’insister, je vous répète que Monsieur Boukerma est absent. D’ailleurs, il ne reçoit que sur rendez-vous !
La pauvre fille parut se tasser sur elle-même. C’était la troisième fois qu’elle essayait de rencontrer Cédric et la troisième fois qu’elle se faisait éconduire. En dépit de l’humiliation ressentie, elle mobilisa tout son courage pour une dernière tentative.
- Pourtant, c’est bien sa voiture, dans la cour...
Elle ne parvenait plus à maîtriser ses sanglots et sa voix résonna un ton trop haut, troublant le calme feutré des lieux.
La sonnerie de l’interphone grésilla.
- Qu’est-ce que c’est que ce chahut, Christiane ?
- Il y a ici une personne qui prétend vous connaître... Mais je ne crois pas...
- Qui est-ce ?
- Elle dit s’appeler Carolina Meinhoff.
Ce nom n’évoquait rien pour Cédric, seul son tempérament curieux le poussa à répondre :
- Humm... Faites-la entrer. J’ai un peu de temps devant moi.
Dépitée, Christiane raccrocha. Il ne va pas être déçu, se dit-elle ! Cette fille a vraiment l’air d’une S.D.F !
En obtenant ce poste de secrétaire dans un cabinet financier de renom, Christiane s’était attendue à ne rencontrer que des personnages prestigieux, d’autant plus qu’elle savait que Cédric avait aussi des accointances dans les milieux journalistiques.
A vrai dire, elle avait surtout espéré s’attirer les faveurs de son patron dont le regard turquoise lui avait fait forte impression. Malheureusement, il ne semblait pas enclin à mélanger le travail et les sentiments. Décidément, il ne fait rien comme les autres ! Jeune, beau et riche... Et il perd son temps avec des gens sans intérêt !
D’un doigt négligent, elle indiqua la porte capitonnée.
- C’est bon... Monsieur Boukerma va vous recevoir... Frappez avant d’entrer...
Cédric s’était levé pour accueillir la mystérieuse inconnue. Toutefois, la pauvre créature qu’il vit s’avancer vers lui ne ressemblait à personne qu’il eut connu.
- Je ne pense pas vous avoir déjà rencontrée... Que puis-je pour vous ?
- Excusez-moi de vous importuner. Bien sûr, vous ne pouvez pas me reconnaître, j’étais bien trop petite... Je suis Carolina, la soeur de Paul Rivière.
Cédric ne s’attendait pas à un tel choc ! Les trois mousquetaires... Fred, Paul et Cédric... L’inséparable trio de ses seize ans ! Il revit la petite poupée blonde, de six ans leur cadette, qui les suivait partout et qu’ils appelaient Milady ! Ainsi, cette malheureuse chose, sans âge, qui semblait danser d’un pied sur l’autre devant lui... Voilà ce qu’était devenue la gracieuse Milady !
Instinctivement, il reprit le tutoiement de leur enfance.
- Assieds-toi, Carolina.
- Je ne veux pas vous déranger. Mais je ne sais vraiment plus vers qui me tourner...
La fille était au bord des larmes, elle parlait d’une voix saccadée.
Ému par son aspect lamentable, Cédric pensa qu’elle devait se trouver dans une misère noire.
- Installe-toi confortablement. Je te sers un verre et tu me racontes tout... Et d’abord, on se tutoie... Comme du temps des mousquetaires et de Milady !
- Oh ! Vous... Tu t’en souviens !
- Bien sûr, on n’oublie pas ses meilleurs amis ! Maintenant, raconte moi tout.
D’une voix monocorde, la jeune fille se mit à parler. Elle semblait au bout du rouleau. Pourtant, elle s’exprimait avec précision.
- Il y a quelque temps, je t’ai vu sortir d’un restaurant à deux pas d’ici. Je t’ai tout de suite reconnu. Je ne me suis pas manifestée, dans l’état où je suis, j’avais trop honte, mais je t’ai vu pénétrer dans cet immeuble. Je suis seule à Paris depuis que Paul s’est installé au Canada. Mes parents sont repartis en Allemagne, à l’époque je n’ai pas voulu les suivre. Je venais d’obtenir mon diplôme commercial, j’aurais pu trouver un emploi mais je me suis laissé entraîner et je n’ai fait que des bêtises. A présent je le regrette... Mais ce qui m’amène est plus grave. Je ne sais pas si tu peux m’aider, tu es mon dernier espoir...
- Je t’écoute...
- Voilà, j’ai connu un garçon, il s’appelle Marc... Un soir, il est rentré très tard rue de Vaugirard, c’est là qu’on habite, dans un squat. Il était tout content. Des gens riches l’avaient engagé comme homme à tout faire. Ses employeurs habitaient Versailles mais se déplaçaient beaucoup, c’est pourquoi ils voulaient quelqu’un de libre sans contraintes familiales. Marc m’a donné une partie de l’acompte qu’il avait reçu et il est parti. Je l’ai revu une semaine plus tard, il avait conduit sa patronne chez le coiffeur et devait l’attendre près de la voiture. Il s’était dépêché pour me rejoindre. Comme il était pressé, je l’ai accompagné jusqu’au salon de coiffure. C’est là que nous nous sommes séparés. Je ne l’ai jamais revu, ça fait presque trois semaines.
- Es-tu vraiment sûre de ce garçon ?
- Oh ! Oui... Il n’est pas comme les autres, il est très sérieux. Au début, à deux, la pauvreté semblait moins dure... Et puis, on est vraiment tombé amoureux. J’ai confiance en lui, il ne m’aurait pas abandonnée.
- Et du côté de la police ?
- J’ai fait la démarche mais ils ne m’ont laissé aucun espoir. Un sans-logis, majeur de surcroît ! Alors, j’ai pensé à toi. J’ai lu tes enquêtes dans les journaux. Je suis sûre qu’il est arrivé malheur à Marc !
Cédric était perplexe, partagé entre ses souvenirs d’enfance et son sens des réalités. Paul Rivière avait été un de ses meilleurs amis. Il se souvenait à présent qu’après son veuvage, Madame Rivière avait épousé un homme d’affaires Allemand et la petite Carolina était née de ce remariage. C’est pourquoi, de prime abord, le nom de Meinhoff lui avait semblé inconnu.
Mon Dieu ! Se dit-il, elle fait pitié à voir, la pauvre gosse ! Bien qu’il éprouvât quelques doutes sur cette étrange disparition, il eut envie de lui venir en aide.
- La piste est maigre, mais nous allons la suivre ! Nous commencerons par le coiffeur de cette dame.
Il entraîna la jeune fille vers la sortie. Ils passèrent devant le bureau de Christiane.
- Mais d’abord, à table, j’ai une faim de loup ! Pas toi ?
Ce disant, il éprouva un malin plaisir en voyant la mine effarée de sa nouvelle secrétaire ! Toutefois, s’il avait un goût certain pour la provocation, il n’était pas inconscient et se demandait déjà en quel lieu il pourrait déjeuner auprès d’une si piètre compagne... Sans trop se faire remarquer !
Dans l’ascenseur, Carolina lui dit d’un air penaud :
- C’est très gentil à toi de m’inviter mais je ne peux pas accepter ! Je ne me suis pas lavée depuis plusieurs jours et mes vêtements sont sales. D’ailleurs, je n’aurais jamais osé te contacter si je n’éprouvais pas une telle inquiétude au sujet de Marc !
Cédric résolut le problème, ils déjeuneraient chez lui. La jeune fille put ainsi user de la salle de bain. Lorsqu’elle réapparut, les cheveux mouillés et vêtue d’un jean et d’un pull ayant appartenu à la soeur de Cédric, malgré ses cernes et ses joues creuses, elle avait l’air nettement moins pitoyable.
- Il y a une pizza au four, elle sera prête dans un instant, nous allons lui faire un sort ! Ensuite, tu iras chez toi réunir tes affaires et dès que je le pourrai, je passerai te prendre. Il n’est pas question que tu retournes habiter dans ce squat.
- Oh ! Non ! Je ne veux pas t’encombrer de ma présence !
- Tu n’as pas le choix ! Je serais un bien misérable mousquetaire si je laissais la soeur de Paul affronter seule cette situation ! Mais d’abord, donne-moi l’adresse du coiffeur et tous les détails qui pourraient te revenir.
Boulevard Saint-Germain, le salon de coiffure était ultra-chic ! A priori Marc ne s’était pas trompé, ses employeurs devaient être assez aisés.
Dès qu’il eut franchi la porte, Cédric fut assailli par une nuée de belles filles en blouse rose. Son charme aidant, les jeunes filles se mirent en quatre pour le renseigner. Carolina avait gardé en mémoire la date de la dernière apparition de Marc. Une jolie shampouineuse se souvint parfaitement de Madame Dastier qu’elle décrivit comme une belle femme rousse, un peu arrogante. Le livre de rendez-vous fit le reste. Le téléphone de la cliente y figurait, l’adresse correspondante fut facile à découvrir.
Pensant qu’il n’aurait aucun mal à retrouver la trace du disparu, Cédric prit la route de Versailles. Il agissait sans grande conviction, certain que le jeune homme avait délibérément fuit toute cette misère. Quoi qu’il en soit, Cédric tenait toujours ses promesses. Il irait parler au garçon et s’il n’y avait aucun espoir de ce côté là, lui-même n’abandonnerait pas Carolina. Malgré son apparence actuelle, elle était cultivée. Il arriverait bien à lui dénicher un travail et un petit appartement.
Perdu dans ses pensées, il faillit manquer l’hôtel particulier des Dastier. Pourtant, il aurait dû le remarquer de loin ! L’entrée était habillée d’un lourd drap de deuil noir et argent !
Il trouva une place de stationnement devant l’immeuble. Tous les volets étaient clos, il ne put déceler la moindre présence.
Il cherchait quelqu’un qui veuille bien le renseigner quand un rideau bougea dans la maison voisine. Tentant sa chance, il pressa la sonnette. Comme si on attendait sa visite, la porte s’ouvrit immédiatement et une étonnante vieille dame apparut. Apparemment, elle n’était pas mécontente d’avoir un auditoire, car elle ne lui laissa pas le temps de prononcer un mot !
- Vous cherchez les Dastier ? C’est trop tard... Après ce qui est arrivé à son pauvre mari, vous pensez bien qu’elle n’allait pas rester ici ! Elle a fait ses bagages ce matin. Vous l’avez manquée de peu ! La pauvre femme a dû appeler un taxi, il ne reste plus rien de leur voiture ! Une si belle voiture ! Complètement carbonisée ! Et ce pauvre Monsieur Dastier, certainement brûlé vif ! Un homme si distingué !
La dame s’arrêta un instant pour reprendre son souffle, Cédric en profita pour demander :
- Ils avaient un employé, un jeune homme... Savez-vous ce qu’il est devenu ?
- Oh ! Il est resté à peine huit jours. Vous le connaissez ?
Cédric cherchait une réponse logique mais la bavarde ne lui en laissa pas le temps !
- Pensez donc ! Avec ce drame, j’avais complètement oublié ce garçon ! Au début, j’ai cru qu’il était de leur famille, il ressemblait tant à Monsieur Dastier. Enfin, comme je vous l’ai dit, il n’est pas resté longtemps. Vous pouvez me faire confiance, de ma fenêtre, je vois toutes les allées et venues du quartier !
Ainsi, Marc n’était resté qu’une semaine à Versailles. Il avait donc disparu immédiatement après que Carolina l’eut entrevu une dernière fois ! Cédric se dit qu’il avait pris cette histoire trop à la légère. Le pressentiment de la jeune fille était peut-être fondé !
- Vous ne sauriez pas où Madame Dastier se rendait en taxi ?
- Oh ! C’est facile à savoir ! Regardez à l’angle de la rue, la grosse voiture grise... C’est lui qui l’a accompagnée. La pauvre femme se sera fait conduire jusqu’à la Gare de Lyon, elle possède une maison dans la région d’Auxerre.
Cédric remercia rapidement la vieille dame et se rua vers la station de taxi. Le chauffeur crut-il Cédric quand celui-ci lui dit être un ami de Madame Dastier ou fut-il sensible à l’attrait du billet de vingt euros ? Toujours est-il qu’il répondit de bonne grâce.
- Je ne suis pas prêt d’oublier où je l’ai accompagnée, j’étais bien trop étonné ! Une femme aussi chic... dans un immeuble en ruine, une sorte de squat !
L’homme avait à peine prononcé le nom de la rue que Cédric se précipitait vers sa voiture.
D’abord, c’était Marc qui se volatilisait, ensuite son employeur disparaissait dans un accident de voiture et sa veuve se faisait conduire dans le squat où habitaient Marc et Carolina ! Trop de coïncidences !
Il avait dit à Carolina de l’attendre là-bas. Est-ce qu’elle était seule ? Trouverait-elle de l’aide en cas de besoin ? Qu’est-ce que cette femme pouvait bien lui vouloir ?
La circulation commençait à s’intensifier et le trajet de retour vers Paris lui parut affreusement long. Enfin, il arriva en vue du vieil immeuble.
Il se gara en catastrophe sous le porche miteux et monta les étages quatre à quatre. Il faillit se laisser surprendre par l’état de vétusté des marches de bois et évita de justesse le vol plané ! Des bruits confus lui parvenaient de l’étage supérieur. Il poursuivait son ascension quand deux hommes lui barrèrent le passage.
- Si c’est pour Carolina, elle est plus là... Elle s’est tirée avec les deux autres !
- Les deux autres ? Quels deux autres ?
- Hé bien ! La pimbêche et son Jules ! Celui-là, j’aurais pas dû le laisser entrer mais, dans l’ombre, je l’ai pris pour Marc ! Après ça, il m’a collé un de ces ramponneaux, j’ai pas eu le temps de réagir !
Désignant du geste son compère, il poursuivit.
- Pierrot a essayé de les suivre mais ils avaient déjà sauté dans la bagnole...
Il réagit soudain :
- Hé ! Dis donc... T’est flic ou quoi ?
- Pas du tout... Je suis un copain de Carolina... Ils avaient l’air de quoi ces gens ? Vous pouvez les décrire ?
Les deux gaillards échangèrent un regard interrogateur. C’est le dénommé Pierrot qui se décida à répondre.
- La femme, c’est une rousse, une belle fille ! Il y a quelques temps, elle traînait souvent dans le quartier. Un jour, je l’ai même vue discuter avec Marc. Au début, on pensait que c’était une bourgeoise qui cherchait à s’encanailler. Mais non, c’était pas ça ! Il paraît qu’elle faisait la charité.
- Et l’homme ? A quoi ressemblait-il ?
- Oh, lui ! Le portrait craché de Marc ! Un peu plus vieux, peut-être. C’est pour ça qu’on l’a laissé entrer. Il fait sombre ici, sur le coup on l’a pris pour le copain de la petite !
- Merci, de votre aide ! Et si je peux vous dépanner...
Cédric sortit son portefeuilles... Pierrot accepta le billet puis fit mine de partir. Pourtant au dernier moment il se ravisa et parut hésiter.
- Alors... Vraiment, t’es pas de la police ?
- Mais non, je suis réellement un ami de Carolina et je suis très inquiet pour elle !
- Alors, si c’est ça, je peux bien te le dire, j’ai noté le numéro de la guinde. J’ai pas eu de mal à m’en souvenir, à un chiffre près, c’était celui de la mienne, du temps où j’en avais une ! Si ça peut aider la p’tite...
Pour un peu, Cédric l’aurait embrassé ! Il inscrivit le numéro et prit congé.
Lorsqu’il eut regagné sa voiture, il s’empara du téléphone portable qu’il laissait en permanence dans sa boîte à gants. Il composa rapidement le numéro de Roger Flandrois.
- Roger ? C’est Cédric ! J’ai besoin de ton aide, mon vieux. Figure-toi qu’on vient d’enlever une fille, presque sous mes yeux ! J’ai le numéro de la voiture, une Safrane noire immatriculée 720 GDK 78. Ils ont pris la rue de Vaugirard pour se diriger vraisemblablement vers le Sud de Paris.
- Tu la connais, cette fille ?
- Oui, elle s’appelle Carolina Meinhoff, vingt-cinq ans, blonde, vêtue d’un jean et d’un pull-over gris. Je passe te voir tout de suite, je t’expliquerai tout. Mais si tu pouvais mettre en route un dispositif pour intercepter la voiture...
- Ok, ne t’inquiètes pas, je lance un appel et je t’attends.
Depuis que les occupants du squat lui avaient parlé de l’homme qui ressemblait tant à Marc, Cédric était soucieux. Si Dastier réapparaissait maintenant, inutile de se demander qui avait péri carbonisé dans l’accident de voiture ! Apparemment, ces gens étaient dangereux et Carolina était seule, à leur merci ! Comme on touche un talisman, Cédric effleura dans sa poche, la vieille montre de gousset qui avait fait la dernière guerre avec Félix de Kerostran, son grand-père !
Au commissariat, l’attente fut longue et angoissante. Enfin, la sonnerie du téléphone retentit ! Flandrois décrocha vivement. En même temps qu’il parlait, un sourire se dessinait sur son visage crispé. Il eut un geste rassurant à l’intention de Cédric qui, à son tour, respira mieux ! La voiture des fuyards avait été arraisonnée au premier péage de l’autoroute A6. Dans le coffre, on avait retrouvé la pauvre Carolina étroitement ficelée et bâillonnée. Elle semblait terriblement choquée mais ses jours n’étaient pas en danger. On l’avait conduite à l’hôpital le plus proche.
Au même moment, sous bonne garde, les époux Dastier étaient dirigés vers Paris où Flandrois les attendait de pied ferme ! Interrogés séparément, ils perdirent de leur superbe et c’est l’homme qui passa le premier aux aveux.
Deux ans plus tôt, Bertrand Dastier avait souscrit une assurance vie en faveur de sa femme. Depuis, le couple avait régulièrement payé les primes, tout en cherchant un futur défunt qu’ils puissent substituer au mari. Il leur fallait quelqu’un qui n’ait pas de famille et puisse disparaître sans laisser de trace ! De par sa ressemblance avec Bertrand Dastier, et son statut de sans-logis, Marc leur était apparu comme la victime idéale. Afin de s’assurer qu’il était bien seul au monde, ils l’avaient employé pendant quelques jours. Ensuite, ils l’avaient séquestré dans leur cave jusqu’au moment propice. Une fois son forfait accompli, le couple s’apprêtait à lever l’ancre. C’est en réunissant les quelques affaires du pauvre Marc que Madame Dastier était tombée sur une ébauche de lettre adressée à Carolina. Ainsi, contrairement à ses dires, Marc avait une compagne ! Il avait pu lui parler d’eux. Les Dastier s’étaient affolés, il leur avait semblé urgent de se débarrasser de ce témoin gênant !

Cédric regagna son bureau. Passant en revue l’historique de l’affaire, il réalisa que Marc était encore vivant lors de la première visite de Carolina. Séquestré, mais vivant... Christiane ne lui avait pas fait part de cette visite. Marc était mort et Carolina avait bien failli subir le même sort ! Cédric regretta amèrement de s’être adjoint Christiane pour secrétaire. Elle lui avait paru très professionnelle mais, décidément, il ne l’aimait pas. Toutefois, il n’était pas homme à porter des jugements définitifs. Le fait qu’elle ait commis une erreur n’impliquait pas forcément qu’elle en commettrait d’autres aussi graves. Il lui parlerait sincèrement de cette affaire, tout pourrait peut-être s’arranger.
Dès qu’il fut installé à son bureau, Christiane le rejoignit pour lui communiquer ses messages. Comme il s’apprêtait à aborder le sujet qui lui tenait à coeur, Cédric eut une pensée pour Carolina, toute seule dans sa chambre d’hôpital. Il dit à Christiane :
- J’aimerais que vous fassiez adresser des fleurs à Mademoiselle Meinhoff. Je vais vous donner l’adresse...
Il n’eut pas le loisir de compléter sa phrase. La jolie Christiane entra dans une rage folle.
- Je n’enverrai certainement pas de fleurs à cette traîne-savates ! C’est pour me narguer que vous faites semblant de vous intéresser à cette fille... Autant vous dire que je n’ai pas l’intention de continuer à travailler pour vous dans ces conditions ! Je suis encore dans ma période d’essai et je suis en droit de partir immédiatement. Débrouillez-vous pour trouver une autre secrétaire !
Complètement éberlué mais serein, Cédric décida que, sans même s’en douter, Carolina venait de décrocher son premier job de secrétaire !

Fin