Nouvelle policière, L'exécutrice, une enquête de Cédric Boukerma







NOUVELLE POLICIÈRE COURTE

L'EXÉCUTRICE, une enquête de Cédric Boukerma

Par Jocelyne Duparc

Elle lui avait dit « Ne t’inquiètes pas pour moi, je prendrai un taxi ». Pourtant, elle ne s’attarda pas à la borne et continua son chemin, avançant à longues foulées souples, le visage offert au vent qui lui fouettait les joues.
A l’angle de la rue de Vaugirard, un balayeur matinal interrompit son travail pour la contempler d’un oeil admiratif. Elle ne lui accorda pas un regard et poursuivi sa route. Elle marcha longtemps, au hasard des rues, retardant un dénouement qu’elle savait pourtant inévitable. Le ciel s’était assombri et déjà une pluie fine et triste brouillait le décor. Elle frissonna et remonta le col du veston d’homme dont elle aimait la coupe stricte et qui, par contraste, donnait à sa silhouette une apparence de fragilité.

Place de la Convention, un employé de la RATP faisait coulisser la grille d’entrée de la bouche de métro. Elle s’y engouffra machinalement. Elle n’était pas accoutumée aux transports en commun aussi regarda-t-elle autour d’elle, un peu désorientée, avant de se diriger vers un guichet. Elle n’acheta qu’un seul ticket et franchit le portillon automatique. Le quai était désert. Elle hésita un instant, puis s’assit. Les mains sagement croisées sur ses genoux, elle regardait, sans les voir, les rares voyageurs emprunter les premières rames. Elle revivait la soirée de la veille. Malgré l’angoisse qui commençait à lui étreindre le coeur, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle ne regrettait rien.
Dès le départ, elle savait à quoi s’en tenir, elle aurait affaire à un individu intelligent et perspicace. C’était exactement les termes employés par Mathold, pour lui décrire sa prochaine cible. Cette fameuse perspicacité avait, au cours de ses investigations, permis à l’homme d’approcher de trop près une vérité que nul ne devait soupçonner ! Dès lors, il était condamné à disparaître. Il s’en doutait peut-être et cela le rendrait prudent, voire même dangereux ! Aux dires de ses chefs, le personnage n’avait qu’un seul point faible, les femmes... C’était la raison pour laquelle la tâche lui incombait, à elle, Zelda Walesky.

Elle poussa un profond soupir. Tout avait pourtant commencé comme elle s’y attendait. Il était entré dans le night-club à l’heure prévue. Elle n’eut pas de difficulté à le reconnaître et fit en sorte de se trouver tout naturellement sur son chemin. En séductrice chevronnée, elle était sûre d’elle. Il suffirait qu’il la vît ! Ses grands yeux verts à l’expression triste et lointaine, sa magnifique chevelure rousse feraient le reste.
Pourtant, quand ses yeux d’émeraude rencontrèrent l’intense regard bleu turquoise du jeune homme, elle s’en trouva bizarrement émue. Lorsqu’il s’adressa à elle, la voix chaleureuse et le ton amical lui firent oublier le réel motif de ce tête-à-tête qu’elle avait elle-même provoqué. Quand le vacarme de la musique pop avait cédé le pas à un slow langoureux, elle s’était laissé entraîner sur la piste. La première danse n’était pas achevée qu’elle était déjà sous le charme.
A ce moment-là, elle ne s’avouait pas encore que, pour la première fois de son étrange carrière, elle allait faillir à sa mission. Elle avait toujours su que dans un pareil cas, les rôles seraient inversés et la chasseresse deviendrait gibier.
Ils avaient ensuite dansé sur des rythmes trépidants. C’était nouveau pour elle. Elle se sentait étonnamment jeune et au diapason avec tous ces autres jeunes gens qui s’agitaient au son des basses et des cuivres. Quelque chose pourtant la distinguait des autres danseurs. A chaque fois qu’ils regagnaient leur petite table ronde pour tremper leurs lèvres dans une coupe de Champagne, elle pensait à la minuscule pilule blanche qui attendait son heure, au fond de son sac à main. A chaque fois, elle rejetait l’idée de ce remède définitif qu’elle avait si souvent, sans le moindre remords, administré à tant d’inconnus.
Lorsqu’il lui proposa de prendre un dernier verre chez lui, elle accepta naturellement. Zelda l’exécutrice pouvait encore se faire croire qu’elle atteindrait plus facilement son but en l’absence de tout témoin. Elle pensait froidement à ce poison dont l’effet était si rapide. L’autre Zelda, celle qui venait de succomber à un coup de foudre inattendu et en savourait la magie, savait qu’elle ne voulait pas quitter cet homme... Ni ce soir, ni jamais...
Dans la longue voiture anglaise, elle appuya sa tête sur l’épaule de son compagnon et se laissa emporter à travers Paris endormi. Elle posait un regard neuf sur ce décor pourtant familier, comme si la Seine et les vieux monuments de la capitale étaient autant de présences amies. Une légère euphorie due au Champagne, lui donnait le sentiment que tout était encore possible.
Lorsqu’il eut garé sa voiture dans le parking souterrain, il lui ouvrit galamment la portière. Enlacés, ils pénétrèrent dans l’ascenseur et s’embrassèrent passionnément, serrés l’un contre l’autre, jusqu’à ce que la cabine les dépose sur le vaste palier.
Il poussa la porte laquée de noir qui pivota sans bruit. Zelda aima d’emblée l’appartement clair et confortable. Elle commençait à se sentir parfaitement détendue lorsqu’un grognement sourd la fit sursauter. Un étrange chien lui faisait face, les babines retroussées sur des canines aiguës. C’était un boxer au pelage bringé très sombre. Une étoile blanche ornait son front et attirait le regard vers ce crâne presque noir où se dressait une seule oreille. Les yeux, fixés sur elle, luisaient d’une haine farouche.
Se baissant, le garçon avait entouré de son bras le cou de l’animal. - Eh bien ! Mon bébé, qu’est-ce que tu as ? C’est Zelda, c’est une amie !
Puis, se tournant vers elle.
- C’est étrange ! D’habitude, il est doux comme un agneau ! Mais, dis-moi, tu as peut-être peur des chiens et lui, il en profite !
Elle pensa « Je n’ai jamais eu peur de rien ! Ce chien qui t’aime le sait. Il sait également que tu ne devrais pas me faire confiance ». Elle répondit simplement :
- A part les araignées, je ne connais pas de bête qui me fasse peur ! Mais peut-être avons-nous troublé son sommeil et me tient-il pour fautive !
Elle ajouta :
- J’aime les chiens. Habituellement, eux m’aiment aussi !
C’était pourtant vrai qu’elle les aimait et les respectait bien plus qu’elle ne respectait les humains ! Le fait que celui-là ait deviné ses desseins lui fit froid dans le dos.
Le maître entraîna son chien vers une pièce contiguë. L’animal avait cessé de grogner mais laissa fuser une légère plainte avant de se calmer.
- Voilà... Il va passer la nuit sur le tapis du bureau. Tu peux circuler sans crainte dans tout l’appartement. Mais détends-toi donc ! Bowie n’est absolument pas méchant. Je sais bien que la mutilation qu’il a subie lui donne un air inquiétant. Pourtant, il n’a rien d’une bête féroce ! Il est peut-être un peu jaloux de toi ! C’est ma faute, j’ai tendance à céder à tous ses caprices !
- Ne t’inquiètes pas... Ce n’est pas grave... Il t’aime, c’est normal qu’il soit jaloux !
Ils s’installèrent sur le vaste canapé du salon pour siroter le fameux « dernier verre ». Une Polonaise de Chopin en discret fond sonore, ils se racontèrent mutuellement sans souci des heures qui s’écoulaient. A maintes reprises, elle eut la possibilité d’utiliser la petite pilule blanche sans éveiller son attention. Elle ne le fit pas.

Elle aimait sa façon de s’exprimer et se laissait bercer par ses paroles. Il savait prononcer des mots agréables à entendre qui ne s’apparentaient en rien à de vulgaires flatteries. L’expérience qu’elle avait des hommes la conduisait à penser qu’il était assez fort pour se permettre d’être tout naturellement gentil et courtois, sans s’en sentir amoindri.
Il lui parla de son prénom, Zelda, si original.
- J’ai toujours rêvé rencontrer une Zelda ! Je l’imaginais belle et mystérieuse...
A ce mot, elle s’était, un instant, crue percée à jour, mais il avait poursuivi.
- C’était le prénom de la femme de Scott Fitzgerald. Elle était belle, fantasque et riche...
- Fitzgerald ?
- Oui... Gatsby le magnifique... Tendre est la nuit... Il fut le héros de mes seize ans. J’aimais autant l’écrivain que le personnage qu’il représentait. Par ses récits, j’étais presque tombé amoureux de sa femme ! Je te prêterai un livre, si tu veux.

Ensuite, ils avaient fait l’amour jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Ils se seraient endormis dans les bras l’un de l’autre, comme deux amants ordinaires, si la sonnerie du téléphone ne les avait surpris.
Il avait décroché et l’échange avait été très bref. Il l’avait enlacée tendrement en murmurant :
- Zelda... Je suis désolé... Il faut se lever... Je dois partir...
Une douche rapide... Un verre de jus d’orange... Une dernière opportunité d’y glisser la petite pilule blanche...
En jean et perfecto, il était encore plus beau qu’en tenue de soirée. Elle fixa à jamais son image dans sa mémoire.
Sur une étagère croulant sous les livres, il avait choisi un petit fascicule.
- Un diamant gros comme le Ritz... Ta première leçon de Fitzgerald !
Avant de lui tendre le livre, il avait inscrit quelques mots sur la page de garde. Son prénom, Cédric... Son numéro de téléphone.

Et maintenant, elle était là, sur ce quai de métro où les voyageurs commençaient à affluer. Elle ne se décidait pas à se lever pour marcher vers son destin. Elle ouvrit le recueil de nouvelles en pensant qu’elle ne les lirait jamais. Sur la première page, une courte biographie de l’auteur attira son attention. Scott Fitzgerald, après avoir été, un jeune écrivain talentueux et adulé, était mort seul, sombrant peu à peu dans l’oubli et l’alcool. La belle Zelda, égérie de la jet société des années 1920, avait été internée. Elle était folle à lier !
- Moi aussi, je suis folle... Se dit-elle.
Les larmes aux yeux, elle glissa le livre dans la poche intérieure de son veston et, d’un pas décidé, monta dans la rame de métro qui arrivait à quai.




Cédric fouillait ses poches à la recherche de ses clés. Il passait son temps à les égarer ! A travers la porte, il entendait grésiller la sonnerie du téléphone et savait qu’il avait oublié de brancher son répondeur. Enfin il les dénicha, enfouies sous un vieux paquet de Camel. Il fit rapidement coulisser le verrou et se précipita sur le poste mural de l’entrée.
- Boukerma...
- Allo... Cédric... C’est Roger. Ça fait des heures que je cherche à te joindre ! Tu n’allumes jamais ton portable ?
Roger Flandrois avait la réputation de rarement s’émouvoir, pourtant sa voix semblait anxieuse.
- Tu m’as l’air bien énervé ! Quelque chose qui cloche ?
- Oui... Et ça te concerne. Tu travailles sur quoi, actuellement ?
- Je t’en ai déjà touché un mot la semaine dernière... Les labos clandestins ! Et, justement, j’ai eu un filon en or, ce matin. J’avais d’ailleurs l’intention de passer te voir car pour ce qui me concerne, je suis peut-être allé trop loin. Ça pourrait être à toi de jouer à présent !
- Tu ne crois pas si bien dire ! Tu as certainement poussé le bouchon un peu trop fort !
- Qu’est-ce qui se passe ?
- D’abord, réponds franchement à ma question. Est-ce que tu connais une certaine Martine Walesky ?
- Martine Walesky ? Absolument pas ! Jamais entendu parler ! Qui est-ce ?
- C’était une tueuse professionnelle. C’est plutôt rare chez les femmes, mais il y en a quelques unes ! Je dis « c’était » parce qu’on a retrouvé son corps aujourd’hui, en fin de matinée. On l’a identifiée grâce à ses empruntes car ce qui restait d’elle n’était pas beau à voir !
- Mais quel rapport avec moi ?
- Attends la suite ! Dans nos services, on l’appelait l’exécutrice. On savait qu’elle travaillait pour Albin Mathold mais on n’était jamais arrivé à la coincer. Ce n’est pas la peine que je te fasse un dessin ! Tu établiras parfaitement la relation entre Mathold et tes fameux laboratoires clandestins !
- C’est ce dont je voulais te parler ! J’ai deux témoins qui ont vu Mathold en grande discussion avec Doubert-Lassangle des laboratoires du même nom. J’ai des photographies et même les photocopies d’un échange de correspondances entre les labos Lassangle et Mathold !
- C’est ça ! Et quand un caïd de la drogue rencontre un magna de l’industrie pharmaceutique... Qu’est-ce qu’ils se racontent ? Des histoires d’héroïne !
- Tu me sembles bien au courant !
- Qu’est-ce que tu crois, mon vieux ? Je suis flic, tout de même ! Mes collègues des Stups sont sur le coup depuis des mois. A l’heure actuelle, toute l’organisation est sur le point de tomber... Même ceux qui se croyaient intouchables ! Ce n’est plus qu’une question d’heures.
- Si tu m’attends, je peux te rejoindre au bureau vers dix-neuf heures. On pourra dîner ensemble... J’apporte mon dossier, on confrontera nos données...
- Je préférerais que tu ne bouges pas de chez toi et que tu n’ouvres à personne !
- Qu’est-ce qui te prend ? Tu te mets à jouer aux nounous ! C’est à cause de ton exécutrice ? Mais... Puisque je te dis que je ne la connais pas !
- J’ai de bonnes raisons de croire le contraire ! Cette fille avait un contrat. Et, l’objet du contrat, c’était toi ! Elle a échoué et, crois-moi, ce n’était pas son genre ! Mais, c’est un fait, tu es vivant et c’est pour ça qu’on l’a supprimée. Un échec, dans ce métier, ça ne pardonne pas ! On a peut-être lancé d’autres tueurs sur ta piste. Je préfère prendre les précautions élémentaires !
- Bon ! Je veux bien... Je t’attends... Mais je reste sceptique !
Cédric s’apprêtait à raccrocher mais Roger retint son geste.
- Attends un instant... Tu aimes toujours autant les auteurs américains du début du 20ème siècle ?
Roger n’attendit pas la réponse de son ami pour reprendre.
- Mon exécutrice, comme tu dis... Dans la poche de sa veste, elle avait un bouquin de Fitzgerald. C’est même étrange qu’elle ait pu le conserver car ses assassins l’avaient dépouillée de tout signe de reconnaissance. Elle n’avait ni argent, ni papiers sur elle et pas de sac à main non plus. Je pense qu’ils se sont fait avoir parce qu’elle portait une veste d’homme et qu’habituellement les vêtements féminins n’ont pas de poche intérieure. Ils l’ont certainement fouillée, mais mal...
- Zelda ?
- Ah ! Tu vois... Il me semblait impossible que tu ne la connaisses pas ! Zelda, c’était son second prénom. Martine Zelda Walesky, une tueuse née ! C’était la fille de Jo Tarpin. Elle avait de qui tenir et bien des morts suspectes à son actif ! Son arme de prédilection était le poison... Violent de préférence... Charmante jeune fille, comme tu peux le constater ! Depuis quand la connaissais-tu ?
- Je l’ai rencontrée hier. Nous avons passé la soirée ensemble...
- Et la nuit ?
- La nuit aussi.
- Ok... Jolies fréquentations... Je t’assure que tu l’as échappé belle ! Dès que j’ai vu le bouquin, je n’ai eu aucun mal à faire le rapprochement !
Comme Cédric gardait le silence, Roger reprit.
- Si je ne m’abuse, au cours de votre folle nuit, elle a eu maintes fois l’occasion de te liquider. Je me trompe ?
- Oh ! Non, tu ne te trompes pas le moins du monde !
- Alors, écoute moi bien. Tu fais comme je t’ai dit. Tu n’ouvres à personne et tu m’attends ! Ils ont certainement désigné quelqu’un pour la remplacer.
- Comment peux-tu en être certain ? Et pourquoi est-ce qu’elle m’aurait épargné ?
- Alors là, mon vieux, pour une fois tu manques d’imagination ou tu joues la modestie ! Je ne suis pas un abonné de la presse du coeur, mais je suis prêt à parier que tes yeux « bleu des mers du Sud » comme dirait ton copain Fred, ne sont pas étrangers à ta survie !
L’image furtive de deux grands yeux verts et tristes s’imposa à Cédric. Il eut envie de raccrocher. Il suivrait les conseils de Roger et l’attendrait bien docilement chez lui. Mais, dans l’immédiat, il ressentait le besoin d’être seul. Il dit simplement :
- C’est bon... Je t’attends.
- Juste un mot encore... Sur la page de garde du livre, en dessous de ton numéro de téléphone, elle avait inscrit « Adieu » et signé « Zelda ». Je crois qu’elle ne se leurrait pas quant au sort qu’on lui réservait ! Mais ne te laisses pas émouvoir pour autant... C’était tout de même une criminelle !

Bowie posa son museau sur les genoux de son maître. Insoucieux des traces baveuses que les babines déposaient sur son jean, Cédric caressaient la grosse tête au pelage sombre et luisant. Le chien émit un doux gémissement et entrepris de lui lécher les mains. Il était triste parce que Cédric était triste. La veille, il avait bien essayé de le prévenir, mais les humains ne comprennent rien à la vie ! En chien d’expérience, il y avait bien longtemps qu’il en était conscient !
Cédric écrasa sa cigarette dans un cendrier de cristal. Repoussant doucement le chien, il se leva et se dirigea vers la chaîne stéréo. Il posa sur la platine la même « Polonaise » que la veille. C’était un vieux trente-trois tours qu’il aimait bien, même s’il commençait imperceptiblement à grésiller. Il pensa qu’il faudrait bien un jour le remplacer par un disque laser ainsi qu’il l’avait déjà fait pour la plupart de ses autres enregistrements. La musique prit possession de tout l’espace, à peine altérée par le léger chuintement du saphir sur le vinyle.



Cédric consulta sa montre, une heure à patienter. Une demi-heure plus tôt, tout excité, Roger l’avait rappelé pour lui signaler qu’il serait légèrement en retard. Comme il l’avait prévu, Doubert-Lassangle et toute sa bande venaient d’être appréhendés. L’arrestation concernait surtout ses homologues de la brigade des stupéfiants. Mais, malgré tout, l’événement était considérable et, pour rien au monde il ne voulait manquer ça ! De plus, le succès total de cette opération offrait l’avantage d’écarter toute menace pesant sur son téméraire copain !
Cédric passa dans son bureau et alluma l’ordinateur afin de profiter du temps mort pour rédiger un article sur les activités occultes de la firme Doubert-Lassangle. Il connaissait à fond son sujet... Et pour cause ! Il allait boucler son papier juste à temps pour l’édition du lendemain matin.
En un mois d’enquête, il était déjà arrivé à des résultats surprenants. A présent, avec Roger aux premières loges, il ne risquait pas de manquer de documentation sur ce qui promettait d’être l’un des plus grands scandales de la décennie ! Le P.D.G. d’une importante société pharmaceutique française profitant de ses installations pour alimenter un réseau de distribution de drogue ! Un homme d’affaires respecté de tous utilisant au besoin les services de tueurs à gage !
Lorsqu’il eut mis le point final à son article, Cédric le transmis par e-mail au journal. Bowie sur ses talons, il regagna le salon et se servit un whisky.

Sur la platine, le disque, terminé depuis longtemps, continuait à distiller le grincement régulier de l’aiguille arrivée en bout de course. Il la reposa sur son support et le silence envahit le salon.
Cédric s’assit sur le large canapé de cuir blanc, son verre à portée de la main, Bowie pelotonné à ses pieds. C’est alors, seulement, qu’il permit à cette vague de tristesse sous-jacente de s’installer confortablement en lui.

Il se remémora les paroles de Roger...
Ne te laisses pas émouvoir pour autant... C’était tout de même une criminelle...


Fin