Le trésor de Barbapoux, une nouvelle enquête de Cédric Boukerma







NOUVELLE POLICIÈRE COURTE

LE TRÉSOR DE BARBAPOUX, une enquête de Cédric Boukerma

Par Jocelyne Duparc

Éric était nouveau dans le quartier. Heureusement, son cousin Kévin se faisait une joie de l’initier aux coutumes locales. Pour démarrer la journée en beauté, il fallait tout d’abord enquiquiner Barbapoux ! Il n’y voyait pas malice, tous les gamins du coin en faisaient autant !
- C’est encore loin, chez Barbapoux ? demanda Éric.
- Juste après chez le notaire. On y arrive... Tu verras, il sortira dès qu’on aura commencé à crier.
- Et s’il vient pas ?
- On jette des cailloux sur sa porte. Ça le met en rage, c’est encore plus rigolo !
- T’es sûr qu’il nous fera rien ?
- Mais non ! Tu vas pas te dégonfler, dis ?
Éric bomba le torse. Une nouvelle école, de nouveaux camarades... « C’est pas le moment de passer pour un bébé ! » pensa-t-il.
Kévin enchaîna à voix basse :
- Voilà, c’est ici... Je compte jusqu’à trois et on y va ! Un... Deux... Trois...
Les deux garnements entonnèrent en choeur :
- Barbapoux, rat d’égout ! Barbapoux, il est fou !
À tue-tête, ils scandaient leur refrain, frappant du pied, martelant le sol en cadence.
Dans la grande maison du notaire, une main discrète souleva un coin de rideau, mais chez son voisin le clochard, personne ne semblait vouloir se manifester.
Pour prouver qu’il avait du cran, Éric ramassa une grosse pierre qu’il envoya valdinguer sur ce qui restait de vitre à la fenêtre de la vieille masure. Aussitôt, Kévin l’imita.
Pourtant, malgré les projectiles qui pleuvaient sur la baraque, son propriétaire ne montrait toujours pas le moindre poil de barbe (à poux, bien sûr !).
- Il n’est pas encore huit heures, dit Kévin, on a le temps d’aller voir !
Sans attendre la réponse d’Éric, il s’engouffra dans une brèche du mur d’enceinte. Vision désolante ! Le vaste terrain était jonché de détritus. Il y avait des tas de hardes répugnantes, des caddies de supermarché tout rouillés et toutes sortes de pourritures innommables. Une odeur nauséabonde s’échappait de ce fatras. Les deux garçons avançaient en se bouchant le nez !
- Pouah ! C’est un vrai dégoûtant ton bonhomme ! murmura Éric.
- Pourquoi tu crois qu’on l’appelle Barbapoux ? rétorqua Kévin.
Il fut le premier à coller son nez au reliquat de vitre sale qui ornait la porte d’entrée. Pour mieux scruter l’intérieur de la pièce, il tenta de compenser sa petite taille en montant sur la margelle de pierre mais sa semelle en caoutchouc dérapa sur une substance visqueuse. Il évita de justesse le vol plané en s’agrippant à la porte dégondée qui s’ouvrit à la volée. Par réflexe, il s’accrocha à Éric, l’entraînant dans son élan.
Surpris et affolés, les deux chenapans regrettaient déjà leur témérité.
Leurs pupilles mirent une fraction de seconde à percer la semi-obscurité. L’instant suivant, l’horreur les clouait sur place. Éric laissa fuser un long cri strident.À son insu, ses ongles s’enfoncèrent dans l’avant bras de son cousin.
Les deux gamins ne pouvaient détacher leurs yeux exorbités du spectacle qui s’offrait à eux.
Ce qui restait de Barbapoux gisait à leurs pieds, dans une mare de sang qui imprégnait déjà leurs baskets.
La barbe légendaire était à moitié arrachée. Le sang mêlé à la crasse formait un masque hideux sur le visage à la bouche grand ouverte. Au bout des bras, les mains n’étaient plus que des moignons sanguinolents et, sur le torse, de larges bandes de peau avaient été arrachées.
Les enfants se tenaient côte à côte, fascinés, par le tableau cauchemardesque. Puis, soudain, comme mus par un même ressort, ils s’enfuirent en hurlant de toute leur force, trébuchant et se heurtant aux saletés qui encombraient le jardin.

Vu la position sociale de la victime, sa mort aurait pu passer inaperçue. Mais, la cruauté dont avaient fait preuve ses tortionnaires propulsait l’affaire à la une de tous les journaux et bouleversait l’opinion publique.
En « haut lieux », on voulait des résultats rapides qui dépassaient la compétence d’un commissariat de banlieue. C’est ainsi que le dossier échoua à Paris, sur le bureau de l’inspecteur Roger Flandrois !
La vie et la mort de Barbapoux se résumaient à peu de choses. Quelques documents administratifs, le rapport du médecin légiste... Roger en eut vite fait le tour. L’homme était mort d’un arrêt cardiaque, conséquence des souffrances endurées. Pas d’empreintes, pas d’indices et, pour premiers témoins, deux gosses de huit ans, à moitié traumatisés !
Le voisin le plus proche était Maître Vogel, le notaire. C’est lui qui avait prévenu la police et accueilli les enfants terrorisés. Il déclarait n’avoir rien entendu au cours de la nuit fatale.
Roger décida malgré tout de lui rendre visite, peut-être serait-il en mesure de l’éclairer sur la personnalité de la victime.
Cédric qui, ce jour-là se sentait enclin à l’oisiveté, était venu le rejoindre pour déjeuner. Les deux amis prirent ensemble le chemin de Neuilly Plaisance. Il fut décidé que Roger présenterait Cédric comme son adjoint !
Maître Vogel et sa femme étaient un couple entre deux âges, à l’allure débonnaire. Ils ne se firent pas prier pour raconter ce qu’ils savaient.
- Ce pauvre Jacques... Et dire qu’en première année de cours primaire, nous étions dans la même classe lui et moi ! Ce n’était pas le mauvais bougre mais il avait des problèmes d’ordre nerveux.À vingt ans, il a quitté sa famille. Quinze ans de Légion Étrangère, je crois... Plus tard, bien après le décès de ses parents, on l’a vu revenir. Au début, il avait juste l’air un peu égaré et puis, au fil des ans, ça s’est aggravé. Il a fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Dernièrement, il sillonnait les rues à longueur de journée, en poussant son vieux chariot ! Parfois, il haranguait un passant, lançait des imprécations. Ça faisait peur aux gens, mais il n’était pas violent ! Nous, vous savez, il ne nous dérangeait guère ! Le pauvre homme était plutôt discret. A vrai dire, sans les cris des galopins dont il était devenu le souffre-douleur, nous n’aurions même pas remarqué sa présence !
- Maître Vogel, le dossier de propriété de votre ex-voisin est-il géré par votre étude ? demanda Cédric.
- Oui... Déjà du temps de mon père nous comptions la famille Morillon parmi notre clientèle. J’ai bien connu ses parents, de braves gens ! Leurs biens se cantonnent à peu de choses. Cette maison en ruine et son terrain... Ah ! Oui... Il y a aussi une petite rente. Les Morillon étaient prévoyants. Vu l’instabilité de leur fils, ils avaient fait en sorte qu’il puisse subsister même après leur disparition. Mais, contrairement à la rumeur, pas de titres, pas de bijoux... Pas d’or !
- La rumeur ? questionna Roger.
Cette fois, Madame Vogel parla avant son mari.
- Mon époux et moi-même n’écoutons jamais les commérages, notre position demande une grande discrétion ! Mais vous savez comment sont les gens... Dès que quelqu’un vit en marge ou fait preuve d’originalité, il y a toutes sortes de légendes qui circulent !
- Jacques Morillon aurait donc eu sa légende... murmura Roger.
- Oui, c’est cela même, reprit gravement le notaire. Le pauvre homme n’était qu’une sorte d’ermite, un peu dérangé. Je suis bien placé pour le savoir... Mais il y avait des bruits qui couraient à son sujet. Certains disaient qu’il avait beaucoup d’argent... On l’aura torturé pour savoir où il cachait son trésor !
- Avez-vous une idée quant à l’identité de ces « certains » et de ces « on » ? questionna Cédric.
Le notaire eut un geste vague.
- Les gens, cher Monsieur... Les gens...

Cédric et Roger prirent congé du couple Vogel.
- Le Notaire a certainement raison, dit Roger. Le ou les assassins se sont acharnés sur Barbapoux pour lui faire avouer la cachette du présumé magot ! D’ailleurs, rien qu’à voir l’état dans lequel on a laissé sa bicoque, on comprend vite que tout a été fouillé. Et tout ça pour rien ! Ce pauvre type torturé à mort alors qu’il n’avait pas un sous... Ou si peu !
- Oui... Mais ça m’étonne que le notaire n’ait rien entendu !
- Peut-être n’a-t-il pas réagi, par lâcheté. Ça, il ne l’avouera jamais !
Comme Roger se dirigeait vers la voiture, Cédric l’arrêta d’un geste.
- Et si on allait boire un pot au bistrot du coin ? Histoire de s’imprégner de l’ambiance locale... On pourrait peut-être glaner quelques informations !
- Pourquoi pas ?
En marchant vers l’incontournable « Café du Commerce », Cédric se tourna vers Roger.
- Je trouve étrange la façon dont le notaire parle de Barbapoux. A mon avis, il en fait un peu trop. On aurait presque l’impression qu’il vient de perdre un ami !
Le bar était désert, Cédric et Roger s’installèrent au comptoir. Le patron était un homme avenant et plutôt désoeuvré, en ce milieu d’après-midi.
Dès que Roger lui eut présenté sa carte de police, il se montra intarissable.
- Je suis bien content de vous voir rechercher le meurtrier ! Barbapoux, c’était peut-être un clodo, mais c’était un homme quand même... Ce qu’on lui a fait, c’est pas humain ça ! Quant à son pognon, moi j’y croyais pas beaucoup !
- Ça faisait longtemps que ce bruit circulait ? demanda Roger.
- Oh ! Un ou deux mois... Il y en avait même qui disaient que c’était un fameux malfrat qui se cachait sous une fausse identité pour échapper à la police, après un casse mirobolant ! Alors, tout le monde s’est mis à parler de lingots et de dollars. Surtout les jeunes... Ils y croyaient dur comme fer ! Mais nous, les anciens du Plateau d’Avron, on le connaissait depuis toujours, le fils Morillon ! C’est pour ça que ça me faisait un peu tiquer ! Mais ceux qui n’étaient pas du coin, eux, ils pouvaient gober ça !
- Et vous avez remarqué quelqu’un en particulier ?
- Oh ! Je voudrais causer de tort à personne... Les clients, vous savez... Ils boivent un coup, ils parlent fort, mais ils sont pas méchants ! Bien que...
Un peu gêné, il interrompit sa phrase et se mit à essuyer le comptoir.
- Bien que ? relança Roger.
- Oh ! Moi, je ne veux pas avoir d’ennuis avec ces gars-là, mais... Il y a bien les skin heads... Vous savez, ces voyous avec le crane rasé ! Ils plaisent pas trop à ma clientèle, mais du moment qu’ils paient leurs consommations, moi j’y peux rien ! Ceux-là, ils viennent plutôt le soir. Il faudrait voir ça avec Thierry, mon serveur. C’est lui qui fait le service après 20 heures.
- Ça peut être intéressant... Vous avez ses coordonnées ? demanda Roger.
- Oui, il habite dans le bas de Neuilly Plaisance. S’il n’est pas chez lui, revenez après 20 heures, vous le trouverez ici.

Thierry n’était pas chez lui. Cédric et Roger revinrent donc, Fred les accompagnait. L’ambiance était plus animée que l’après midi.
- Pas le moindre crane rasé en vue, murmura Cédric.
- Il y a bien un chauve... Mais je ne pense pas qu’il fasse l’affaire, répliqua Fred, en désignant un homme à la calvitie indubitablement naturelle !
En riant, les trois amis se frayèrent un passage jusqu’au comptoir. Le barman semblait guetter leur arrivée. Son patron avait dû le prévenir.
- Ah ! Je vous attendais ! dit-il avant même que Roger se soit présenté.
- Sale affaire, n’est-ce pas ? reprit-il d’un air entendu.
- Oui, c’est plutôt moche, dit Roger. Pensez-vous pouvoir nous aider ?
- Je ferai de mon mieux !
- Bien... Dites-moi... On m’a parlé de skin heads. Pourtant, la clientèle m’a l’air plutôt bon enfant !
- Depuis quelques jours, on ne les voit plus. Bon débarras ! répondit le jeune homme.
- Vous souvenez-vous de leur dernière visite ?
Il réfléchit un instant.
- Une dizaine de jours environ... Oui, je m’en souviens, c’était l’anniversaire de Paulo. Eh ! Paulo ! C’était quand ton anniversaire ?
Paulo confirma la date. C’était trois jours avant la mort de Barbapoux.
Nos trois amis restèrent un moment encore au comptoir, se mêlant aux conversations des clients. Le leitmotiv était bien sûr l’assassinat de Barbapoux et l’identification des skin heads. Au dire des habitués, ils étaient trois. Un jeune d’environ dix-huit ans et deux hommes plus âgés, la trentaine... Habituellement, ils restaient entre eux, sans s’occuper des autres. Si ce n’était pour les narguer ou lancer quelque quolibet douteux ! Pourtant depuis que Barpapoux était réputé riche, leur attitude avait changé. Ils s’étaient manifestement intéressés aux ragots du quartier, questionnant les uns et les autres. Ce regain d’attention pour la conversation générale, ainsi que leur absence depuis les tragiques événements les désignaient comme suspects numéro un.
Au fil de la conversation, la préoccupation principale de Roger fut de leur mettre la main dessus. Heureusement, il avait obtenu assez d’indications pour le faire sans difficultés.

Le lendemain, à la première heure, Roger et ses collègues de la PJ faisaient une perquisition dans l’appartement que les suspects partageaient, dans la commune voisine. Les policiers y trouvèrent des vêtements tachés de sang. L’analyse confirma qu’il s’agissait bien du sang de feu Jacques Morillon, alias Barbapoux !
On appréhenda les trois acolytes qui avouèrent très rapidement leur crime, allant même jusqu’à s’accuser mutuellement des pires horreurs !
L’affaire avait été rondement menée. Roger fut félicité pour sa célérité, on lui confia un nouveau dossier à traiter. Aux yeux de la Justice, la question était close !
Bien entendu, Cédric avait été le premier informé du dénouement de l’affaire. Pour lui, comme pour Roger, la culpabilité des trois voyous ne faisait aucun doute. Pourtant, il demeurait perplexe. Il lui semblait qu’un point important de l’intrigue n’avait pas été élucidé. « Je pourrais peut-être m’intéresser de plus près à la question ! » se dit-il.
Pour l’heure, il avait une mission autrement plus urgente à remplir et un certain boxer, lui posant délibérément sa laisse sur les genoux, le rappelait à l’ordre !
- Tu as raison, Bowie ! Un bol d’air frais nous fera le plus grand bien !
Deux heures après, fourbus mais heureux de leur balade au bois de Vincennes, le maître et le chien s’apprêtaient à passer une soirée tranquille, quand l’interphone grésilla.
- Cédric, c’est Fred...

Un peu plus tard, nos deux compères achevaient s’engloutir une pizza monumentale. Cédric se tourna vers Fred.
- Dis-moi, que dirais-tu d’aller faire un tour au Plateau d’Avron. Il y a quelque chose qui me turlupine dans l’affaire Barbapoux. J’aimerais en avoir le coeur net !
Dans la voiture, il exposa son point de vue.
- Il y a deux éléments qui me dérangent dans cette histoire. Tout d’abord, alors que Barbapoux est revenu dans son patelin depuis plusieurs années déjà, une rumeur commence à circuler. Pourquoi pas dès son retour au village ? Mais il y a un autre point qui me gêne. Comment le notaire était-il au courant de cette rumeur ? Tout semble avoir démarré au café du coin.
- Oui, et ce n’est pas le genre d’endroit qu’affectionnent les notables ! répondit Fred.
- Exactement ! D’ailleurs, hier après-midi, le patron du bar me l’a confirmé. Vogel ne fréquente pas son bistrot.
Au Café du Commerce, Thierry les accueillit comme de vieux habitués ! Ils reconnurent la plupart des clients de la veille qui, sans façon, les intégrèrent à leurs discussions.
Cédric en profita pour aborder le sujet qui l’intéressait : « Depuis quand, cette rumeur ? Et lancée par qui ? »
Le débat allait bon train et chacun émettait son hypothèse. Pourtant, au bout d’une heure, aucun détail précis n’avait ressurgi. Il était déçu.
- Il est tard, dit-il en consultant sa vieille montre de gousset. Si on levait le camp ?
Il s’apprêtait à avaler sa dernière gorgée de bière quand le barman l’interpella.
- Elle est belle votre montre ! C’est marrant... J’ai vu presque la même... C’est assez rare de nos jours ! Je m’en souviens parce que le type ressemblait à Maître Vogel, le notaire. Ça m’a fait rire ! La veille, on venait de signer, avec ma femme, pour l’achat de notre appartement. Et voilà que je me retrouve en face d’un client qui ressemble au notaire, en moustachu... Et en moins chic, bien sûr !
- Oui... Je vois de qui tu causes, dit l’un des habitués. Moi aussi, j’avais repéré sa montre. Ce gars-là n’était pas d’ici. Il n’arrêtait pas de dire que Barbapoux était une espèce de Spaggiari amélioré Arsène Lupin !
Soudain, l’homme s’aperçut que Fred et Cédric le fixaient avec insistance.
- Ben ! Qu’est-ce que j’ai dit ? Pourquoi vous me regardez comme ça ?
Cédric se tourna vers le barman.
- Il y a longtemps que vous avez l’acheté cet appartement ?
- Eh ! Bien, ça fera juste deux mois demain...
- Alors, ça s’arrose ! dit Fred.
- Et servez donc également un verre à Monsieur, c’est ma tournée ! ajouta Cédric en désignant le client qui continuait à répéter « Qu’est-ce que j’ai dit de si drôle ? »
Ce client ne pouvait pas se douter que Cédric revoyait en pensée la chaîne de montre qui brillait sur le gilet de Maître Vogel.
Sur le chemin du retour, Fred demanda à Cédric :
- Pourquoi le notaire ? Qu’est-ce qui t’a mis la puce à l’oreille ?
- Eh ! Bien... Il m’a paru un peu trop bienveillant envers Barpapoux ! Il me semble que si j’avais pour voisin quelqu’un qui transforme son jardin en décharge publique, je ne le verrais pas d’un si bon oeil ! Imagine qu’il veuille vendre son étude. Qui en voudrait dans un pareil environnement ? Et à quel prix ? Débarrassée de l’indésirable, sa propriété retrouve toute sa valeur !
- D’après, toi, la rumeur, c’était dans l’espoir que d’autres fassent le sale boulot à sa place ?
- Remarque, sans le concours efficace des trois skin heads, ça n’aurait pas marché !
- Oui, mais ce salaud a réussi le crime parfait !
- J’en ai bien l’impression !

Cette fois, l’affaire était bel et bien bouclée. Pour le principe, Roger mena une enquête discrète. Il en ressortit que certains clients de Vogel, incommodés par une promiscuité désagréable avaient abandonné son étude. Les services municipaux confirmèrent également que le notaire avait tenté une procédure d’expropriation. Mais Barbapoux était en règle, il payait ses taxes ! Débouté de sa demande, Vogel avait dû imaginer une stratégie susceptible de le libérer du gêneur !
Il n’y avait aucune preuve de son incitation au meurtre. Face à la loi, il était blanc comme neige. Le notaire avait gagné sur toute la ligne ! Nos trois amis ressentaient un profond dépit, ils en discutèrent longtemps.
Soudain, Cédric eut une inspiration.
- Dis-moi, Roger, tu n’as pas fouillé chez Barbapoux, c’est la police locale qui l’a fait...
- Tu as raison, on n’est jamais si bien servi que par soi-même !
Ce qu’ils trouvèrent chez le vieil ermite dépassait toutes leurs espérances ! C’était la copie d’un testament déposé chez un notaire parisien. Barbapoux léguait sa maison, à une association caritative qui récupérait, pour la revente, des objets usagés, collectés par les sans logis.
Ainsi, jour après jour, Maître Vogel verrait défiler devant sa maison, tout un menu peuple poussant des chariots pleins d’objets disparates qu’on entreposerait juste sous ses fenêtres. Finalement, Barbapoux aurait sa revanche !

Fin