Un accident de parcours, les amours adolescentes







NOUVELLE SENTIMENTALE


Un accident de parcours
Une histoire d'amour par Jocelyne Duparc

Jusqu’au dernier moment, Elodie avait espéré qu’il se retournerait, qu’il lui accorderait un sourire, un petit signe de la main. Même pas... Sans un regard, il avait enfourché sa moto et démarré en trombe. Pendant quelques instants encore, le vrombissement du puissant moteur avait retenti, troublant la quiétude du quartier résidentiel... Et puis, plus rien... Une fois de plus, Cyril s’en allait... Fâché...

Cyril était le frère de Julie, sa meilleure amie. C’était un jeune homme au caractère franc et sans détours. L’amour qu’il lui portait était à son image : entier et exclusif.

Issu d’une famille modeste, tout en étudiant d’arrache-pied, il travaillait le soir et souvent le week-end, dans un fast-food de la ville voisine. Cet emploi du temps bien chargé lui laissait peu de loisirs. Quelques balades à moto dans la campagne, une séance de cinéma de temps en temps...
Elodie avait vingt ans et sentait vibrer en elle l’envie de vivre pleinement, de voir du monde, de tout connaître. A attendre les rares jours de congé qu’il pouvait lui consacrer, elle s’étiolait.

Elle avait le sentiment que le destin lui devait une revanche. Ses parents étaient morts alors qu’elle n’était qu’une enfant. Sa sœur aînée, Nathalie, s’était occupée d’elle ; mais le quotidien des deux sœurs avait été bien morose jusqu’à ce que Nathalie épouse Martin.

Depuis, leur vie avait changé. Martin était directeur commercial aux établissements Vibaud, l’usine qui faisait vivre toute la région. A ce titre, le couple fréquentait le cercle privilégié des notables de la ville, et Nathalie, qui avait de grandes espérances pour Elodie, s’était mis en tête de lui faire rencontrer un garçon à l’avenir plus prometteur que le fidèle Cyril.

Les soirées au théâtre, au restaurant, les cocktails étaient bien tentants pour la jeune fille qui, petit à petit, avait accepté une invitation, puis une autre... C’est ainsi que les disputes avaient commencé. Cyril s’énervait parce qu’elle était sortie sans lui. Il partait sur un coup de tête, il revenait tout penaud. Elle le câlinait, parvenait à le rassurer et puis, quelques jours plus tard, tout recommençait.

Cette fois plus qu’une autre, leur querelle avait été violente. Cyril l’avait quittée sur des paroles acerbes... Injustes, pensait-elle. Quel mal y avait-il à sortir en compagnie de sa sœur et de son beau-frère ? Décidément, cette maudite jalousie leur empoisonnait la vie !

Le bal de charité des Vibaud était l’événement mondain de la région et, pour la première fois, elle y était conviée. Quand sa sœur lui avait annoncé la nouvelle, elle s’était cru transportée en plein conte de fée.
- Nathalie a raison, se dit-elle, Cyril n’est qu’un trouble-fête. J’ai la chance d’assister à la plus belle réception de la saison et lui, au lieu de s’en réjouir pour moi, il s’évertue à jouer les rabat-joie.
- Elodie... Es-tu prête ? Dépêche-toi, il est l’heure d’y aller ! lui cria Nathalie depuis le rez-de-chaussée de la villa.
- Oui. Cinq minutes... J’arrive...
Trop impatiente pour attendre cinq minutes, sa sœur fit irruption dans la chambre.
- Tu as l’air d’une vraie princesse, s’exclama-t-elle. Ma chérie, crois-moi, ce soir tu vas faire des ravages !
Un bref coup de klaxon les rappela à l’ordre.
- Allons-y, Martin s’impatiente déjà. Tu sais qu’il est très pointilleux quant à l’exactitude, dit Nathalie en l’entraînant.

Après un court trajet en voiture, tout intimidée Elodie pénétra dans le grand salon illuminé. Habitués aux mondanités, Nathalie et Martin circulaient très à leur aise parmi les invités. Elodie ne les quittait pas d’une semelle. Nathalie connaissait tout le monde et faisait les présentations.
Quand l’orchestre entonna la première valse, Monsieur et Madame Vibaud, très grand siècle, ouvrirent le bal. Nathalie et Martin les imitèrent aussitôt.

Un peu désorientée, Elodie se retrouva seule près du buffet. Pour se donner une contenance, elle s’apprêtait à accepter la coupe de Champagne que lui tendait un serveur, quand un homme s’approcha d’elle. Il n’était pas de ceux que Nathalie lui avait présentés. Elle s’en serait souvenue, il était trop beau pour passer inaperçu. Grand, blond, il avait des yeux verts à vous couper le souffle ! En souriant, il lui prit la main et l’attira vers la piste de danse. Fascinée par son attitude qui mêlait autorité et nonchalance, elle se laissa entraîner sans résister.
- Comment se fait-il que je ne vous aie jamais rencontrée ? Où vous cachiez-vous ? lui demanda-t-il sur un ton désinvolte. Mais, je manque à tous mes devoirs, je ne me suis même pas présenté... Ronald Vibaud, pour vous servir. Et vous, belle inconnue, qui êtes-vous ?
Plus troublée qu’elle ne l’aurait voulu par le regard vert où brillait une lueur ironique, Elodie répondit timidement :
- Elodie Pelletier. Je suis la belle-sœur de Martin Dufresne.
- Martin Dufresne ! Quel cachottier ! A mon avis, cet homme est un égoïste, s’il avait eu un tant soit peu de cœur, il y a longtemps qu’il nous aurait présentés l’un à l’autre !
Ils évoluaient sur la piste, au rythme d’une valse de Vienne et Ronald devisait d’un ton badin. Il posait des questions, n’attendait pas forcément les réponses. Sous le charme, Elodie se laissait bercer par sa voix grave dans laquelle semblait toujours se glisser un zeste de moquerie.

A la fin de la danse, il la présenta à un groupe de ses amis. Deux garçons qui, comme lui, fréquentaient la faculté de médecine et deux filles qu’Elodie trouva un peu intimidantes parce qu’elles étaient plus âgées qu’elle.
Laura, une grande rousse vêtue d’un fourreau très moulant, murmura quelques mots à l’oreille de Ronald. Il s’esclaffa d’un air complice. Elodie s’étonna d’en ressentir une pointe de jalousie.
- Laura propose qu’on aille terminer la soirée ailleurs, dit-il. Pour ma part, je considère que j’ai suffisamment sacrifié aux exigences familiales. Si vous êtes d’accord, on se tire en catimini...
Tous approuvèrent avec entrain, la valse n’était pas leur tasse de thé ! Ils décidèrent d’aller souper dans un restaurant où ils avaient leurs habitudes.
- Toi, je ne te lâche pas, tu viens avec nous, dit Ronald en prenant d’autorité la main d’Elodie.
- Je dois en parler à ma sœur...
Nathalie accorda la permission. Le fils Vibaud, c’était inespéré ! Elle aurait même ajouté sa bénédiction pour peu qu’il la lui ait demandée.

Les garçons récupérèrent leurs voitures et, bien sûr, Elodie monta avec Ronald. Il roulait très vite. « Dangereusement » pensa-t-elle. Mais elle ne put s’empêcher de rougir quand il sourit en la voyant boucler sa ceinture de sécurité.

Au restaurant, l’ambiance était douillette et feutrée, mais à leur table, les éclats de rire et les traits d’humour fusaient à tout bout de champ. Elodie enviait l’aisance de ses nouveaux amis. Toutefois, Ronald se montrait si attentionné que, peu à peu, elle prit confiance en elle. Elle se surprit même à plaisanter, sans vraiment réaliser que le vin capiteux qu’on lui servait n’était pas étranger à cette soudaine audace. Après le repas, ils décidèrent de terminer la soirée chez Ronald.
Comme Elodie s’étonnait de ne pas reconnaître la route qui menait au château, Ronald lui expliqua qu’il n’habitait plus chez ses parents mais possédait son propre appartement en centre ville. Ils y arrivèrent d’ailleurs très rapidement, vu la vitesse à laquelle tous roulaient. Cette fois, l’alcool aidant, Elodie ne ressentit pas la moindre angoisse. Fidèle à son attitude décontractée, Ronald conduisait d’une seule main, l’autre bras la tenait bien serrée contre lui. La tête sur l’épaule du garçon, elle se laissait envahir par un bien-être grandissant.

L’appartement de Ronald était immense, il occupait tout le dernier étage d’une construction moderne. La petite bande semblait parfaitement connaître les lieux. Et, à en juger par les piles de CD qui jonchaient la moquette et les bouteilles d’alcool posées un peu partout, on devinait qu’ils n’en étaient pas à leur première fête. Un des garçons mit un disque dans le lecteur, c’était un slow à la mode, lancinant et langoureux.
Après la première danse, une bouteille de Champagne à la main, Ronald entraîna Elodie vers un petit escalier qui rejoignait le toit de l’immeuble. Emerveillée, elle découvrit une vaste terrasse fleurie dominant la ville endormie. Pour parfaire ce tableau idyllique, cette nuit-là, la lune était au rendez-vous ! Dans la pénombre, la musique leur parvenait en sourdine, les lumières de l’autoroute scintillaient dans le lointain...
- Comme c’est romantique ! pensa-t-elle.
Ronald la conduisit vers une banquette profonde, servit le Champagne et l’embrassa passionnément. Lui, jusque là si bavard, ne parlait plus. Mais, pour Elodie, son regard était plus éloquent que tous les mots d’amour. Ronald la caressait, lui embrassait les lèvres, le cou...

Soudain, dans l’appartement, la musique cessa brusquement. Il y eu des éclats de rire, des cavalcades dans l’escalier. Des portières de voitures claquèrent en bas de l’immeuble.
- Ils sont enfin partis, murmura Ronald.
Il se leva et lui tendit la main. Comme dans un rêve, elle le suivit. Etroitement enlacés, il regagnèrent l’appartement. Dans la chambre au grand lit bas, les baisers du garçon se firent plus fiévreux, les caresses plus exigeantes. Dans ses bras, Elodie, submergée par le même désir impérieux, oublia tout ce qui n’était pas l’instant présent.

Au petit matin, elle se réveilla la première. Elle avait mal à la tête.
- Trop bu... pensa-t-elle.
Voyant Ronald endormi à ses côtés, elle rougit de confusion en se remémorant l’étreinte passionnée qui les avait gardés longtemps éveillés. A son tour, il ouvrit un œil. Elle n’eut pas le temps de se demander quelle attitude adopter car il l’attira à nouveau vers lui.
Le soleil était déjà haut dans le ciel quand il la raccompagna chez elle. La villa était silencieuse, Nathalie et Martin dormaient encore, eux-mêmes avaient dû veiller très tard.
Sans bruit, Elodie regagna sa chambre. En retrouvant son univers familier, elle fut envahie de sentiments contradictoires. En une soirée, Ronald l’avait complètement subjuguée. Pourtant, elle n’était pas très à l’aise auprès de lui, il l’intimidait. Elle eut une pensée pour Cyril et la relation toute simple qui les avait si longtemps unis. Elle ressentit une grande tristesse en réalisant brusquement que cette page était tournée.

Durant les semaines qui suivirent, encouragée par sa sœur, Elodie se trouva entraînée dans un véritable tourbillon de fêtes, de cocktails, de spectacles. C’était l’été, les vacances scolaires, tout lui semblait magique. Elle ne voyait presque plus Julie qui, comme son frère, s’était trouvé un job d’appoint. Bien sûr, la compagnie de son amie lui manquait mais elle se disait qu’elle connaissait enfin l’existence dont elle avait toujours rêvé et devait en savourer chaque instant.
Et puis, Julie étant la sœur de Cyril, elle se sentait un peu gênée en sa présence. Elle avait évincé le jeune homme sans trop lui fournir d’explications. Elle s’était contentée de le fuir, de répondre évasivement à ses coups de fils. Depuis quelques temps d’ailleurs, il semblait avoir compris et ne la relançait plus. Elle évitait d’y penser car cela lui donnait mauvaise conscience. De toute façon, dans une ville de province, tout se sait très vite. Il était certainement au courant de sa relation avec Ronald.
Ronald, quant à lui, se montrait toujours aussi prévenant et semblait très amoureux. Pourtant, même si elle n’aimait pas se l’avouer, elle était un peu déçue par son mode de vie qu’elle trouvait trop factice. Cette façon qu’ils avaient, lui et ses amis, de tout prendre avec légèreté la mettait mal à l’aise. Elle se sentait différente, un peu perdue.
La nuit, parfois, elle rêvait de Cyril. Au matin, elle en ressentait un sournois malaise, craignant confusément que ce qu’elle prenait pour des remords soit en réalité des regrets !

L’heure, pourtant, n’était plus au regrets. Depuis quelques jours, elle avait peur d’être enceinte. Elle aurait souhaité pouvoir se confier à Julie mais le fait qu’elle fut la sœur de Cyril rendait la chose presque impossible. Elle jugea que le mieux était de s’en ouvrir à Ronald. Après tout, il était directement concerné. Il lui restait peu de temps pour le faire car, comme chaque été, il accompagnait ses parents dans leur villa de Saint-Raphaël.
Ce soir-là, ils avaient tous prévu d’aller dîner dans leur restaurant préféré puis de terminer la soirée en étrennant un nouveau night-club. Dès qu’elle fut installée dans la voiture à côté de Ronald, elle lui confia ses craintes. Il parut un peu surpris mais sans se départir de son calme habituel, il lança simplement :
- Tu en es sûre ? Je ne pensais pas qu’au 21ème siècle ça puisse encore arriver !
Elodie, qui ne s’attendait pas à ce genre de répartie, sentit les larmes lui brûler les paupières. Comme elle restait silencieuse, il lui jeta un bref regard et vit sa mine défaite.
- Ne t’inquiètes pas. Ce n’est pas si grave. Ces choses là peuvent s’arranger... N’oublie pas que je passe mon doctorat l’année prochaine...
Ils arrivaient aux abords du restaurant, apercevant la voiture d’un de ses amis, il éluda le sujet.
- Tiens ! Jeff est déjà là... Allons ! Ne pleure pas, tu vas faire couler ton mascara ! Nous allons passer une bonne soirée et on reparlera de ça plus tard.

Comme à l’accoutumée, le dîner se déroula dans la gaieté. Mis à part le fait qu’il buvait peut-être un peu plus que d’habitude, Ronald ne semblait pas particulièrement affecté par ce qu’il venait d’apprendre.
Elodie s’efforçait de faire bonne figure mais elle était à la torture. La réaction de Ronald l’avait laissée perplexe. En fait, elle n’était pas plus avancée qu’avant de lui avoir parlé. C’était-il montré rassurant ? « Ne t’inquiètes pas... Je passe mon doctorat... » Elle ne parvenait pas à interpréter le sens de ses paroles. Ça signifiait peut-être que, ses études étant presque achevées, ils pourraient bientôt se marier... Elle aurait voulu être seule avec lui pour approfondir la question. Mais, bien sûr, c’était trop demander ! Le repas terminé, on se précipita vers les voitures pour aller danser. Comble de malchance, Laura dont le chevalier servant habituel était en vacances, fit le trajet avec eux. Ronald conduisait très vite, il avait beaucoup trop bu et, sans prêter grande attention à la route, il n’arrêtait pas d’échanger des plaisanteries avec Laura. Elodie se sentait de plus en plus mal à l’aise.

Pour couronner le tout, en arrivant sur le parking du night-club, la première chose qu’elle vit, fut la moto de Cyril ! Elle en ressentit un tel choc qu’elle crut défaillir. En un flash, elle se revit derrière lui sur la moto, la joue collée au cuir de son blouson. Décidément, elle ne savait plus où elle en était et se sentait tout à fait incapable d’affronter la situation.
- Je ne me sens pas très bien, dit-elle à Ronald. Ça t’ennuierais de me raccompagner ? Tu pourras revenir... Si je reste, je risque de gâcher ta soirée...
Il acquiesça immédiatement, l’air soulagé. Sur un signe de la main vers les autres, il démarra en trombe. Dès qu’ils furent seuls, Elodie essaya de ramener la conversation vers l’objet de ses préoccupations. Pour la première fois, son ami paru perdre son calme.
- Ecoute ! Je t’ai déjà dit qu’on en reparlerai plus tard. Surtout, ne dis rien à ta sœur, Martin risquerait d’en parler à mon père et je n’y tiens pas !
- Mais... Comment veux-tu que je lui cache ça ?
- Je suis étudiant en médecine ! J’ai plusieurs copains internes qui pourront nous dépanner discrètement. Mais d’abord, il faut que je m’organise... C’est tout !
Elodie sentit un étau d’acier lui broyer le cœur et fondit en larmes. Elle avait l’impression de vivre un cauchemar et ne parvenait pas à maîtriser ses sanglots.
- Oh ! Non ! Ne recommences pas, lui dit-il, sur un ton excédé.

À présent, il conduisait nerveusement, son pied se faisait lourd sur l’accélérateur. Les mains crispées sur le volant, il négociait les virages au plus juste. L’alcool aidant, il perdait tout sens du danger. Une dernière ligne droite, un dernier virage en tête d’épingle...
Elodie reconnut à peine sa propre voix qui criait « Attention ! » juste avant le choc, juste avant qu’elle soit éjectée et perde conscience.
Elle se réveilla à l’hôpital. Affolée, elle tenta de se relever, elle avait mal partout. Nathalie était assise près d’elle, le visage barbouillé de larmes.
- Tout va bien... Calme-toi, n’essaye pas de bouger, tu as deux côtes cassées, lui dit-elle doucement.
- Qu’est-ce qui m’est arrivé ?
- Vous avez raté un virage, tu as été éjectée de la voiture. C’est pour ça que tu es pleine de contusions, mais le médecin dit que ce n’est pas grave. Oh ! Ma chérie, comme j’ai eu peur !
- Et Ronald ?
- Il n’a rien, pas une égratignure, d’ailleurs, il attend dans le couloir. Si tu veux le voir...

Avant même qu’Elodie ait eu le temps de répondre. Nathalie s’empressa de faire entrer Ronald et s’esquiva vivement pour les laisser seuls.
Totalement dégrisé, le jeune homme semblait avoir quelque peu perdu de sa superbe. Il avait les yeux rouges et un air contrit qu’Elodie ne lui connaissait pas. Elle pensa qu’il s’était inquiété pour elle et en fut tout émue.
- J’attendais que tu te réveilles, lui dit-il. Mais je ne peux pas trop m’attarder, mon père vient de me passer un de ces savons ! Il a dû s’arranger avec les gendarmes pour le problème d’alcool et ça le met en rogne. Il est à deux doigts de me couper les vivres... Avec ma voiture qui est complètement bousillée, je suis dans de beaux draps !
Abasourdie par tant d’égoïsme, Elodie ne trouva rien à répondre.
- Enfin, tu t’en tires sans trop de mal, ça me fait plaisir, reprit-il.
Il baissa la voix d’un ton et poursuivit :
- Je ne sais pas si le toubib t’as prévenue... Mais, avec le choc que tu as subi, notre problème s’est réglé tout seul. Il n’y aura pas d’héritier ! C’est quand même un point positif...
Puis, jetant un coup d’œil discret à sa montre...
- Bon... Ma puce, il va falloir que j’y ailles, si je ne veux pas mécontenter le paternel ! On se verra à la rentrée, je pars à Saint-Raph demain. Repose-toi bien...
Un petit baiser sur le bout du nez, un signe de la main et la porte se refermait déjà derrière lui. Elodie sentit monter en elle une foule de sentiments contradictoires. Elle aurait voulu pleurer mais elle avait la gorge serrée et les yeux secs. Elle ressentait un peu de chagrin, un peu de révolte, mais surtout de la honte... Elle était presque soulagée que Ronald soit parti.

Soudain, une main timide frappa deux coups légers à la porte.
- Oui... répondit-elle faiblement.
La porte s’écarta doucement et le bon sourire de Julie éclaira la pièce.
- Je ne te déranges pas ? Qu’est-ce qu’on a eu peur ! Comment tu te sens ?
- Oh ! Julie ! Je suis si contente de te voir ! Ça va, je vais bien maintenant... Mais, comment as-tu su que j’étais ici ?
- C’est Cyril... Il t’a vue sur le parking du night-club, il voulait absolument te parler, il était jaloux... Alors, il a pris sa moto et il vous a suivis. C’est lui qui est arrivé le premier sur le lieu de l’accident et qui a prévenu les secours... Il est là mais il n’ose pas entrer... Il t’aime, tu sais...
- Dis lui qu’il peut venir.

Julie fit entrer son frère, elle embrassa son amie et les laissa seuls. Quand Cyril lui prit la main, Elodie l’attira vers elle et le baiser qui les unis lui permit enfin de laisser couler ses larmes.

Fin